Pourquoi les 100km de la Somme en 2029 ?

Parce que quitte à foncer dans un mur, autant le faire avec un maximum d'élan. J'ai un peu moins de 3 ans pour me reconstruire une cheville, retrouver la foi, et apprendre à aimer courir à plat le long d'un canal sans fin. Zéro talent, 100% de transpiration. Bienvenue dans mon journal de bord.

L'erreur de jeunesse (2021 - 2022)

On dit souvent que la course à pied est une passion. Dans mon cas, c'est plutôt une succession de mauvaises décisions. Tout a commencé en 2021, sur un coup de tête. Une inscription au semi-marathon des Écluses, zéro préparation, et un chrono final qui ferait marrer un marcheur athlétique : 1h54:48. Traumatisé par l'expérience et le goût du sang dans la bouche, j'ai pris la seule décision intelligente de ma jeune carrière : j'ai arrêté de courir en 2022.

L'excès de confiance (2024)

La mémoire humaine est faillible. En 2024, j'y retourne. Par hasard. Un autre semi (Cancale Saint Malo), plié en 1h48:53. Mieux. Je découvre la joie de patauger dans la boue avec le Bagnoles Normandie Trail, et là, c'est l'escalade.

Le tournant du scénario ? Les 20km de Paris. Je termine l'épreuve "facile". Mon ego gonfle instantanément pour atteindre la taille d'une montgolfière. Je me prends pour une machine. Le mois suivant, je m'aligne sur un combo complètement stupide : le Trail des Châtaignes en nocturne le samedi soir (02h20 d'efforts), suivi du 10km Hoka Paris Centre le dimanche matin à l'aube où je devais pacer un ami (44min). Mon corps n'a pas compris, mais j'ai survécu.

L'apogée avant le ravin (2025)

C'est l'année où j'ai basculé du côté obscur. Les distances s'allongent, le cerveau rétrécit. Je m'aligne sur l'EcoTrail de 80km (terminé en 12h04 de lente agonie suite à une inévitable blessure au genou gauche). Mais 2025, c'est aussi mon Everest personnel : je brise la barre mythique des 40 minutes sur 10km au Château de Vincennes avec un 39:51 inespéré.

Je bouffe du dénivelé au Trail du Saint Jacques by UTMB, je tourne en rond pendant près de 7 heures à la Backyard de Laval, je tape un sprint à Montmartre... Je me sens invincible. Jusqu'au drame.

Engagé sur l'Eze-Nice UTMB, la montagne décide de me rappeler à l'ordre. Bilan : une méchante entorse avec arrachement osseux. Le pire acronyme du sport vient salir mon palmarès pour la première fois : DNF (Did Not Finish). Rideau sur la saison, malgré un dernier sursaut d'orgueil en boitant au Cross du Figaro.

Le fond du trou (2026 - Aujourd'hui)

Nous y voilà. La rééducation, le retour aux affaires. Un bon 5km (19:28) me donne un peu d'espoir, mais la réalité me rattrape violemment avec deux 10km catastrophiques. Je n'arrive plus à prouver quoi que ce soit sur route.

Actuellement, l'objectif officiel est le semi de Deauville. L'objectif officieux, c'est de réussir à me lever du canapé. Entre la canicule qui liquéfie mes rares envies de fractionné et mes multiples déménagements qui me ruinent le dos, la préparation est au point mort. Ma motivation est restée bloquée dans le sud de la France avec mon ligament.

Mais bon, au milieu de ce marasme, il faut bien rentabiliser les 200€ d'hôtel déjà claqués pour le Semi-marathon de Deauville prévu le 15 novembre 2026. Ça sera le point de départ d'une fuite en avant absolue.

Saison 2027 : Le basculement vers la folie

Si je survis à 2026, l'année 2027 marquera le début des choses sérieuses. Le plan est structuré en trois actes. D'abord, des objectifs dits "secondaires" pour se rassurer : un 5km à Arnage le 03/01, suivi des 10km des Foulées de Vincennes le 07/02. Ensuite, on monte d'un cran au printemps avec le 5km de Changé le 28/03 et le Semi-marathon de Riga le 16 mai.

Mais l'objectif majeur, la vraie bascule, c'est l'automne. Une prépa qui passera par un 10km à Roland Garros et un semi de préparation le 19 septembre. Le plan A ? Le prestigieux semi de Copenhague (à courir "en prépa ou à bloc selon la forme", l'optimisme est total). Le plan B ? Marcq-en-Barœul si le budget est à sec. Tout ça pour quoi ? Pour aller mourir sur le Marathon d'Amsterdam le 31 octobre. Mon baptême du feu sur la distance reine.

Saison 2028 : Double ration de bitume

Le corps humain est mal fait, il oublie vite la douleur. Pour 2028, le menu prévoit non pas un, mais deux marathons dans l'année. L'organisation typique sera militaire : 10km -> Semi -> 1er Marathon -> Pause -> 10km -> Semi -> 2ème Marathon -> Coupure totale (ou coma artificiel).

Pour le marathon du début d'année, le choix se fera entre Rotterdam, Milan, Vienne (tous en avril) ou Copenhague en mai. Pour l'automne, le catalogue des destinations de souffrance est vaste : Francfort, Berlin, Cologne, Chicago ou Le Cap en octobre, à moins que je ne fuie le froid vers Valence ou Malaga en décembre.

Saison 2029 : L'année où tout dérape

Si mes genoux ne sont pas encore devenus de la poudre, 2029 sera l'année de l'apothéose. On commence l'échauffement en février/mars avec un 10km ou un semi. En avril, on s'envoie un "petit" marathon printanier.

Puis arrive la période mai/juin et cette idée de génie : enchaîner un semi et un marathon le même week-end. C'est ce qu'on appelle la surcharge progressive (ou un suicide sportif, ça dépend du point de vue). Après un dernier test sur semi ou 30km en septembre, ce sera l'heure du jugement dernier : les 100km de la Somme en octobre. La boucle sera bouclée.